Wednesday, July 23, 2008

Visite à des personnes déplacées à Medellin

Les dirigeants syndicaux canadiens du secteur public ont eu l’occasion d’entrevoir un aspect de la réalité colombienne qui fait rarement les manchettes en Amérique du Nord. Le 19 juillet dernier, ils ont en effet visité une communauté de personnes déplacées à Medellin, dans le cadre de leur tournée d’une semaine en Colombie.

Dernièrement, les médias ont concentré leur attention sur la libération d’otages célèbres et se sont fait le porte-voix du président colombien Alvaro Uribe qui savoure la nouvelle recrudescence de sa popularité. Mais il existe une autre Colombie, celle qui lutte pour survivre aux politiques de libre-échange du gouvernement Uribe. C’est cette Colombie qu’ont pu voir les dirigeants du SCFP, du STTP, de l’AFPC et du SNEGSP.

Dans le quartier de La Onda, loin des clubs et des condos luxueux du centre-ville de Medellin, des garçons jouaient au soccer, des jeunes filles pratiquaient leurs pas de salsa et des mères célibataires, accompagnées de leur propre mère, tenaient des nourrissons dans leurs bras. Mais ces Colombiens, qui vivent sur les collines entourant la deuxième ville en importance de Colombie, ne sont pas pris en compte dans la population de 2 ou 3 millions de cette ville, qui se trouve à une heure d’avion au nord de la capitale, Bogota.

Ils font partie des nombreuses personnes qui ont été déplacées dans ce pays tourmenté d’Amérique du Sud avec lequel le gouvernement canadien est pourtant en train de négocier un accord de libre-échange. Si on prenait en compte les gens de La Onda, la population de Medellin augmenterait de 120 000 habitants, et certains affirment que le nombre de personnes chassées de chez elles et vivant dans des communautés de fortunes comme La Onda est trois fois plus élevé. À l’échelle de la Colombie, ce nombre atteint entre 3 et 4 millions de personnes, selon certaines estimations.

Les déplacements forcés font partie d’un processus systématique visant à permettre aux grandes entreprises de s’approprier les terres et les cours d’eau desquels les personnes déplacées tiraient auparavant leur subsistance. Aujourd’hui, le gouvernement du président Uribe se contente de laisser se poursuivre le processus des déplacements brutaux, et ce, au nom du progrès. Les terres où vivaient des familles entières servent maintenant à générer des profits au moyen de la production de produits destinés à l’exportation. Résultat : l’appauvrissement de millions de personnes comme celles qui vivent à La Onda.

Les dirigeants syndicaux canadiens sont Denis Lemelin, président national du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, Paul Moist, président national du Syndicat canadien de la Fonction publique (SCFP), John Gordon, président national de l’Alliance canadienne de la Fonction publique (ACFP) et George Heyman, vice-président international du Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public.

Lors d’une réunion informelle, plusieurs personnes ont décrit comment elles avaient été chassées de leur demeure par des escadrons de paramilitaires qui bénéficiaient du soutien de l’armée. Craignant pour leur vie, elles ont cherché refuge à Medellin et dans d’autres villes où elles se sont toutefois vite retrouvées complètement démunies.

Certains des participants et participantes à cette rencontre ont mentionné qu’à l’époque de l’organisation du bidonville, il y a 11 ans, la communauté était dépourvue de services publics adéquats. Mais pour espérer survivre, ils n’avaient d’autres choix que de s’établir à cet endroit. Ils ont survécu en s’entraidant, pendant que leur gouvernement les reniait.

« Nous avons été attaqués par les forces de sécurité », a mentionné une des premières personnes déplacées à être venues s’établir à La Onda. « Maintenant, alors que nous commençons tout juste à nous remettre sur pied, des rumeurs circulent selon lesquelles le gouvernement nous déplacera ailleurs. »

Elle affirme que de nombreuses familles survivent grâce à l’argent que les femmes, dont de nombreuses mères célibataires, arrivent à mendier dans les rues achalandées du centre‑ville. « Nous cultivons aussi notre propre nourriture, sur nos petits lopins de terre. »

D’autres ont aussi pris la parole. « Ils nous ont exterminés de façon systématique », a mentionné une femme âgée qui s’est présentée comme étant membre du parti politique Unión Patriótica, formé après que le groupe de guérilla M19 eut conclu une entente avec le gouvernement et accepté de se désarmer. Cette entente a toutefois été suivie d’un véritable bain de sang. Plusieurs milliers de membres de l’Unión Patriótica ont été assassinés par des escadrons de la mort soutenus par l’armée.

« Il y a eu de nombreux massacres, certains sont connus, d’autres pas », a-t-elle mentionné. « Ils ont pendu des gens et ils les ont exposés en public pour nous intimider. »

Un jeune homme s’est avancé pour montrer aux dirigeants syndicaux canadiens comment les escadrons paramilitaires lui avaient coupé la main droite pour le rendre inapte au travail. Une autre personne a mentionné avoir vécue pendant quatre ans dans un camp de réfugiés avant de venir vivre à La Onda.

À la fin de la réunion, les dirigeants canadiens ont appris que les services publics de cette communauté pauvre pourraient bientôt être améliorés, mais les résidents craignent qu’une telle amélioration ne soit accompagnée d’une intervention des groupes paramilitaires qui se battront alors contre d’autres pour obtenir le contrôle de ces services. Les résidents de La Onda pourraient donc se retrouver de nouveau au beau milieu d’un champ de bataille.

Le groupe de dirigeants canadiens poursuivra sa tournée en Colombie au cours de la semaine. Il assistera à d’autres réunions et effectuera d’autres visites dans le but d’examiner la situation relative aux droits de la personne et aux droits du travail, pour prendre connaissance des conditions de travail des travailleuses et travailleurs colombiens, et pour discuter du libre-échange et de l’absence de garanties en matière de droits de la personnes et de droits du travail. Les membres de la délégation canadienne comptent rencontrer l’ambassadeur canadien sortant, des représentants du gouvernement et des membres de l’opposition. Ils discuteront aussi de la privatisation et d’autres problèmes avec des membres de syndicats colombiens du secteur public.

Les dirigeants syndicaux seront de retour au Canada le 25 juillet.


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RV

gl/scfp 1979

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