En tournée en Colombie, les dirigeants syndicaux du secteur public ont rencontré l’ambassadeur du Canada au cours d’un déjeuner-causerie le 22 juillet à Bogota. Les discussions ont achoppé sur la question du libre-échange.
Pendant deux heures, les quatre dirigeants et l’ambassadeur, Mathew Levin, ont échangé des points de vue divergents sur « la réalité colombienne », selon l’expression utilisée par M. Levin. Ils se sont entendus sur bon nombre de problèmes touchant ce pays d’Amérique du Sud, mais les dirigeants syndicaux n’ont pu se rallier à l’opinion de l’ambassadeur sur le projet du traité de libre-échange canado-colombien.
« Le libre-échange n’aidera pas la situation des pauvres et des opprimés en Colombie », a déclaré un dirigeant. « Le libre-échange ne va pas améliorer les droits de la personne, surtout pour les millions de personnes déplacées », a ajouté un autre dirigeant. « Le libre-échange doit prendre appui sur le commerce équitable qui respecte les droits des gens », a poursuivi un troisième dirigeant. Enfin, un quatrième dirigeant a indiqué qu’il fallait mettre les Canadiennes et Canadiens « au courant de l’autre version de l’histoire du libre-échange canado-colombien ».
« Selon nous, le traité de libre-échange ne peut rien pour régler le grave problème de la violence en Colombie. Le conflit n’a pas servi à régler les problèmes de pauvreté, l’absence de justice sociale et l’exclusion. Il a plutôt favorisé la polarisation, l’intolérance et le manque de confiance. Et les régions les plus durement touchées par le conflit se trouvent justement là où il existe des relations quasi féodales. »
« Nous sommes également préoccupés par les importants déplacements de personnes, a répondu l’ambassadeur Levin. Notre fonds pour la sécurité et la paix dans le monde vise la mise sur pied d’un processus de vérité et de justice. En ce moment, nous mettons l’accent sur les enfants et les jeunes qui ont été exclus du système d’éducation à cause de déplacements dus à la violence. »
« L’engagement du Canada doit être équilibré et comporter plusieurs volets, a poursuivi Levin. Il ne peut se limiter au commerce et à l’économie. Tant que le pays n’aura pas réglé ce conflit qui dure depuis 50 ans, la situation ne fera qu’empirer. »
Sur la question de la responsabilité sociale, M. Levin a déclaré ce qui suit : « Cette question revient sans cesse sur le tapis. On nous demande d’y prêter encore plus d’attention. Mais il n’en demeure pas moins que les entreprises canadiennes accordent aux travailleurs et travailleuses de la Colombie le même traitement qu’elles réservent aux travailleurs et travailleuses du Canada. » Ce dernier point a soulevé l’indignation des dirigeants syndicaux, qui ont entendu un tout autre son de cloche de la part de syndicalistes colombiens.
Sur la question de l’économie colombienne, l’ambassadeur canadien a dit ceci : « Le gouvernement sait que la réalité colombienne n’est pas idéale. Il y a de la pauvreté, de la violence et les services sont difficilement accessibles. » L’ambassadeur a convenu qu’une table ronde sur l’économie n’avait pas produit « les résultats escomptés de la part de l’industrie extractive », mais a-t-il ajouté « nous suivons de près les échanges commerciaux et les investissements. »
Quant aux nombreux assassinats de syndicalistes, il a indiqué : « Personne ne met en doute la gravité de la violence contre les syndicalistes en Colombie. L’accord de coopération dans le domaine du travail qui accompagne le traité de libre-échange exige des partenaires qu’ils respectent la primauté du droit. » Il a toutefois reconnu que les meurtriers agissaient en toute impunité.
Les dirigeants syndicaux ont relevé les articles parus dans les médias récemment et qui indiquent que l’Accord de coopération dans le domaine du travail comprend une proposition voulant que le gouvernement colombien paie une amende chaque fois qu’un syndicaliste est assassiné. M. Levin a répondu que le gouvernement n’était pas d’accord avec une telle proposition.
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Plus tard dans la journée, les dirigeants ont rencontré un groupe de leaders syndicaux colombiens avec qui ils ont discuté de privatisation, de l’absence de droits à la négociation collective et de compressions dans les services publics. Parmi les secteurs représentés, il y avait : les services municipaux, la santé et la sécurité sociale, les services postaux et le bureau de l’ombudsman des droits de la personne.
Au cours de la séance de travail de deux heures, toute une série de griefs a été dressée contre le gouvernement Uribe, en particulier son offensive en faveur de la privatisation, ses tentatives d’élimination des syndicats, les menaces à la vie des syndicalistes et l’état lamentable de la libre négociation collective.
« Il n’est pas rare de voir de jeunes caissiers qui travaillent sans être rémunérés. Pour se faire payer, ils demandent un pourboire aux clients », a déclaré un syndicaliste. « Le président Uribe n’a ménagé aucun effort pour vider le pays des syndicats », a poursuivi un autre.
« Une Gestapo nationale est en train de se former », ajoute un autre dirigeant syndical colombien. Avec sa politique « du pardon et de l’oubli », le président Uribe a permis aux paramilitaires démilitarisés de se tailler une place dans toutes les institutions du pays. »
Une dirigeante syndicale a remercié le SCFP de l’avoir sensibilisée à l’équité salariale. « L’équité salariale est maintenant au cœur de nos négociations avec les municipalités », a-t-elle ajouté.
Un avocat qui assistait à la réunion a présenté des statistiques brutes : 4 millions de personnes déplacées (1,7 million depuis l’arrivée d’Uribe au pouvoir); 15 000 disparues; 3 000 kidnappées; 20 000 assassinats politiques au cours des 20 dernières années (12 500 depuis la première élection d’Uribe); 6 500 détentions arbitraires au cours des six dernières années.
Chez les syndicalistes : 2 600 ont été assassinés (un tous les trois jours depuis 1986, 467 sous le gouvernement Uribe); 194 ont disparu et 7 200 ont subi une agression. Les chefs paramilitaires ont admis 58 meurtres, mais ils s’en tirent en toute impunité dans 97 % des cas.
« C’est l’État qui tue les syndicalistes », a conclu l’avocat. Selon un autre intervenant, « la plupart du temps, les meurtres surviennent quand il y a un conflit de travail ».
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Les dirigeants syndicaux canadiens sont Denis Lemelin, président national du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, Paul Moist, président national du Syndicat canadien de la fonction publique, John Gordon, président national de l’Alliance de la fonction publique du Canada et George Heyman, vice-président international du Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public.
Cette semaine, le groupe poursuit sa tournée. Au programme, des réunions et des visites au cours desquelles ils discuteront des droits de la personne, des droits dans le domaine du travail, s’informeront des conditions de travail et échangeront des points de vue sur le libre-échange et l’absence de garanties en matière de droits du travail et de droits de la personne. Les dirigeants syndicaux prévoient s’entretenir avec l’ambassadeur canadien sortant, de hauts fonctionnaires et des membres de l’opposition. Avec des syndicalistes du secteur public, ils discuteront aussi de privatisation et d’autres problèmes.
Les dirigeants seront de retour au Canada le 25 juillet.
Friday, July 25, 2008
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