Le 21 juillet dernier, dans le cadre de leur tournée en Colombie, les dirigeants syndicaux du secteur public du Canada ont visité la réserve autochtone La Maria Pendiamo, située à environ deux heures de route de Cali.
Une centaine d’habitants de la réserve se sont joints aux dirigeants syndicaux pour discuter de leur situation sous le gouvernement Uribe, notamment les méthodes que ce dernier favorise pour restreindre leurs libertés.
Lors de la réunion, qui s’est déroulée en plein air, Luis Evelis Andrade Casama, président du syndicat national des peuples autochtones(ONIC), a présenté les intervenants en dénonçant avec vigueur les méthodes du gouvernement Uribe. « Uribe tente de nous imposer un modèle néolibéral. Il parle de liberté comme d’un concept qui s’applique aux propriétaires privés. Mais qu’en est-il de nous? »
Toujours selon M. Casama : « Uribe craint la possibilité de soulèvement de la part des dépossédés, comme nous. Il n’a aucun respect pour les droits fondamentaux et les libertés prévus dans une démocratie. Il a inventé ce que nous appelons les lois ‘saucisses’, c’est-à-dire que toutes les bonnes choses profitent aux riches. »
Il poursuit en affirmant que le secteur minier est derrière l’accord de libre-échange avec le Canada. « Nous croyons que le gouvernement canadien veut conclure un accord de libre-échange parce que les sociétés minières y trouveraient leur compte. Il nous faut l’aide des syndicats canadiens du secteur minier pour faire face à ce problème. »
Les habitants de la région, appelée Cauca, se mobilisent pour reprendre possession de leurs terres. Ils craignent qu’un accord de libre-échange entraîne encore davantage la destruction de leur environnement et les prive de leurs droits d’accès à l’eau.
Selon un intervenant : « S’il y a accord de libre-échange, la superficie des terres perdues sera encore plus grande qu’elle ne l’est actuellement. Nous avons déjà perdu nos droits. Le libre-échange nous sera préjudiciable. ».
Selon un autre intervenant : « À la base, notre lutte est dirigée contre le nouveau modèle économique qu’on nous impose, en particulier la privatisation de l’eau. »
Les dirigeants syndicaux canadiens ont promis de dire à la population du Canada que la situation en Colombie est pire que ce que le premier ministre Harper laisse entendre. Ce que les dirigeants syndicaux ont vu et entendu contredit l’opinion du premier ministre selon laquelle les problèmes en matière de droits de la personne ne sont pas une préoccupation majeure.
Selon un intervenant autochtone : « Un accord de libre-échange ne profitera qu’à un petit nombre. Ça ne nous aidera pas à obtenir plus de droits. Ça ne nous aidera pas non plus à être Autochtones au sein des nations autochtones. »
Selon un autre intervenant : « On s’est approprié la Colombie. Nous devons dire NON aux grandes sociétés qui exploitent les ressources à grande échelle. »
Un autre intervenant a ajouté : « Une stratégie de répression commande une stratégie de résistance pour se défendre. »
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Plus tôt dans la journée, les dirigeants syndicaux ont rencontré des représentants du CRIC, le conseil régional de Cauca, mis sur pied en 1971 pour protéger les petites collectivités autochtones et défendre les droits des Autochtones.
Un des représentants du CRIC a parlé de leurs terres qui ont été inondées et pour lesquelles aucune indemnité n’a été versée, de l’éradication de leur culture ancestrale ainsi que des nombreux problèmes sociaux engendrés par la pauvreté. « Les grands monopoles menacent les droits de tous les peuples autochtones du territoire. Mais nous leur opposons notre résistance en occupant les grandes exploitations agricoles qui se trouvent sur les terres qui nous appartenaient autrefois. »
Il a expliqué que depuis les années 1980, suite aux privatisations accrues, les grandes sociétés minières ont eu de plus en plus besoin d’eau. En 1984, un barrage a été achevé dans la région. Résultat : les terres des Autochtones ont été inondées, mais ces derniers n’ont jamais été indemnisés.
La société multinationale espagnole responsable du barrage avait promis de meilleurs services, mais ces promesses ne se sont jamais concrétisées. Le CRIC continue de se battre pour que le gouvernement remplisse ces promesses.
Une autre représentante du CRIC a accusé le gouvernement Uribe de mentir à la communauté internationale à propos de la situation en Colombie. Selon elle, le gouvernement Uribe rend permanent le processus historique d’extermination. « C’est comme si l’esclavage était de retour », a-t-elle ajouté.
Les dirigeants syndicaux canadiens sont Denis Lemelin, président national du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, Paul Moist, président national du Syndicat canadien de la fonction publique, John Gordon, président national de l’Alliance de la fonction publique du Canada et George Heyman, vice-présidente international du Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public.
Cette semaine, le groupe poursuit sa tournée. Au programme, des réunions et des visites au cours desquelles ils discuteront des droits de la personne, des droits dans le domaine du travail, s’informeront des conditions de travail et échangeront des points de vue sur le libre-échange et l’absence de garanties en matière de droits du travail et de droits de la personne. Les dirigeants syndicaux prévoient s’entretenir avec l’ambassadeur canadien sortant, de hauts fonctionnaires et des membres de l’opposition. Avec des syndicalistes du secteur public, ils discuteront aussi de privatisation et d’autres problèmes.
Les dirigeants seront de retour au Canada le 25 juillet.
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