Le 20 juillet dernier, dans le cadre de leur tournée en Colombie, les dirigeants syndicaux du secteur public du Canada ont visité la collectivité afro-colombienne d’Agua Blanca, à Cali. La population noire de la Colombie occupe le deuxième rang en importance, en Amérique du Sud, derrière celle du Brésil. Ce que les dirigeants y ont vu les a désolés et atterrés
Environ 1,5 million de personnes vivent à Agua Blanca, soit plus de la moitié des 2,5 millions d’habitants de la ville de Cali. Une grande partie des habitants d’Agua Blanca vivent dans des conditions sordides. Il est presque impossible de circuler en automobile dans ses rues très étroites et dans certaines parties du quartier, les rues se transforment en égouts à ciel ouvert.
Les enfants courent partout. Il n’y a pas d’école. Il n’y a presque pas d’eau potable, d’électricité et autres services pour ces habitations improvisées. En grandissant, les enfants se mettent à consommer un extrait de cocaïne appelé basuco. Dès que la nuit tombe, des gangs rôdent dans les rues.
Les dirigeants syndicaux sont entrés à l’intérieur d’une construction de briques délabrée, où une pièce était divisée en deux par un rideau. Dix-huit personnes y habitent. Parmi eux, une mère célibataire et ses enfants, qui étaient intimidés de faire la connaissance d’étrangers. Ils ont dit craindre les représailles de la part de certains groupes de la collectivité qui les perçoivent comme des intrus.
Plus on s’enfonce dans les rues d’Agua Blanca, plus les familles déplacées sont pauvres. Dans une construction de bois, les dirigeants syndicaux ont discuté avec une femme, aujourd’hui grand-mère. Son mari a été assassiné par un escadron de la mort des paramilitaires, et on leur a dit, à elle et à ses enfants et petits-enfants, qu’ils devaient quitter leur localité, située en milieu rural.
Son cas n’est qu’un exemple d’une situation bien connue. En effet, des entreprises, dont certaines ont été créées par d’anciens leaders paramilitaires, obligent les gens à quitter leurs terres pour céder la place à des sociétés minières, à des activités d’écotourisme ou à d’autres activités lucratives. Aucune indemnité ne leur est versée. Les familles d’Agua Blanca arrivent dénuées de tout et ont peu d’espoir de trouver du travail. Certains qualifient ce processus d’ethnocide, c’est-à-dire la destruction systématique de collectivités.
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Plus tôt dans la journée, les dirigeants syndicaux ont appris, d’un avocat qui s’occupe des Afro-Colombiens, que les Noirs sont les plus pauvres parmi les personnes déplacées. Ils sont victimes depuis des années de discrimination et de violence de la part de groupes armés, qui se trouvent de part et d’autre du conflit, c’est-à-dire les forces armées, les paramilitaires et les FARC.
« Au début, les paramilitaires les expulsaient de leur domicile », a affirmé l’avocat. « Ensuite, ils ont utilisé des hélicoptères pour épandre des herbicides. » La fumigation aérienne est supposée servir à éradiquer les plants de coca, utilisés pour fabriquer la cocaïne, mais il s’agit en même temps d’un moyen pour obliger les gens à abandonner leurs terres.
Décrivant la brutalité des escadrons de la mort, l’avocat a affirmé que ces derniers découpaient les corps, les mettaient dans des sacs qu’ils jetaient dans la rivière. Personne n’avait le droit de toucher aux sacs. Lorsque la rivière se rétrécissait, les corps démembrés étaient éparpillés sur la rive pour rappeler aux gens les tactiques de terreur utilisées par les paramilitaires. La même chose se produisait le long des routes.
Un autre Afro-Colombien a dit aux dirigeants syndicaux que les paramilitaires patrouillaient les voies navigables et contrôlaient l’accès à la seule route que les gens de la région pouvaient emprunter pour se procurer de la nourriture. Il a déclaré que si quelqu’un avait un sac de riz en descendant la rivière, et, qu’au retour, il ne l’avait plus, les paramilitaires l’accusaient de l’avoir donné aux guérilleros. Une autre personne a déclaré que les paramilitaires avaient privatisé les rivières et les avaient contaminées à l’aide d’engrais et d’autres produits chimiques.
Les dirigeants syndicaux se sont également entretenus avec des membres du personnel et des bénévoles de NOMADESC, une organisation non gouvernementale soutenue par le SCFP et le syndicat des fonctionnaires de la Colombie-Britannique, affilié au SNEGSP. Cette ONG travaille avec la population d’Agua Blanca et d’autres collectivités de déplacées, leur fournit des conseils juridiques, de la formation et d’autres services tout en agissant à titre de porte-parole et en les aidant à se mobiliser pour opposer leur résistance.
La dirigeante de NOMADESC, Berenice Celeyta, a déclaré aux dirigeants syndicaux que son organisation se déplace dans le quartier pour faire connaître sa position. Mme Celeyta a déclaré aux dirigeants syndicaux que NOMADESC partage avec eux de nombreuses préoccupations relativement au projet d’accord de libre-échange entre le Canada et la Colombie. Elle a ajouté que personne des collectivités de déplacés n’avait été consulté et qu’aucun respect n’avait été témoigné aux Noirs ni aux Autochtones et autres groupes qui ont été déplacés par la force des bulldozers, dont les propriétaires reçoivent l’appui du gouvernement, et qui arrivent pour piller leurs terres.
Elle a ajouté qu’en Colombie, il est interdit d’aller à l’encontre du point du vue du gouvernement. Si quelqu’un ose avoir une opinion contraire, cette personne est alors ciblée et se fait persécuter. Pendant qu’elle parlait, une manifestation monstre pour la paix passait devant le bureau de NOMADESC. Des millions de Colombiens exprimaient au monde entier leur souhait de voir la violence qui continue d’affliger leur pays prendre fin.
Un autre Afro-Colombien a expliqué la situation à laquelle sa collectivité fait face : « Nous sommes les descendants des esclaves arrivés ici il y a 400 ans. Aujourd’hui, nous sommes à nouveau des esclaves. Nos enfants ne peuvent pas aller à l’université, n’ont aucun loisir organisé et n’ont aucun avenir. »
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Les dirigeants syndicaux canadiens sont Denis Lemelin, président national du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, Paul Moist, président national du Syndicat canadien de la fonction publique, John Gordon, président national de l’Alliance de la fonction publique du Canada et George Heyman, vice-président international du Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public.
Cette semaine, le groupe poursuit sa tournée. Au programme, des réunions et des visites au cours desquelles ils discuteront des droits de la personne, des droits dans le domaine du travail, s’informeront des conditions de travail et échangeront des points de vue sur le libre-échange et l’absence de garanties en matière de droits du travail et de droits de la personne. Les dirigeants syndicaux prévoient s’entretenir avec l’ambassadeur canadien sortant, de hauts fonctionnaires et des membres de l’opposition. Avec des syndicalistes du secteur public, ils discuteront aussi de privatisation et d’autres problèmes.
Les dirigeants seront de retour au Canada le 25 juillet.
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